P comme Polar, Pouvoir

 

L’amour, la haine et Monsieur N

De nouveau, le beau papier dans la boîte aux lettres d’Anaïs :

Oui, j’entends votre approche à pas de loup. Elle me procure un plaisir nouveau alors que je pensais avoir exploré l’humain dans ses labyrinthes les plus tortueux, les plus maladifs, les plus lugubres. La créativité humaine est telle qu’il lui faut se dépasser, rejoindre un horizon qui, comme la ligne qui le définit, repousse nos propres limites, qu’elles soient dans la beauté, l’horreur ou l’intelligence. C’est plutôt la troisième voie que j’ai explorée. Je me suis mis à étudier les ouvrages sacrés pour alimenter une inventivité débridée. C’est un paradoxe de trouver la notion de la vie dans les livres dits sacrés et de la voir résolument détruite un peu plus loin dans le texte. J’ai compris les règles tortueuses et tues de ce jeu souterrain. La haine doit être la directive nécessaire, le ferment infusé dans la jeunesse. Son idéalisme fera merveille et on renforcera les prérogatives de celui qui édicte. Le régnant dormira en paix. On cravache pour lui en assujettissant le voisin. Faire égorger clan contre clan, nation contre nation. Quelle jouissance ! Faire disparaître non plus quelques dizaines, mais quelques centaines, quelques centaines de mille, des millions de gens. On a eu les massacres de Josué, de Gengis Khan, l’inquisition qui a fait cent millions de morts en Amérique du Sud, ceux des Indiens d’Amérique, la Shoah, l’Afrique dépecée, les partitions et leurs conséquences sanglantes à long terme. Le carnage est sans état d’âme ! On s’accapare des richesses du voisin sans sourciller selon le bon plaisir de celui qui l’a énoncé. Que ce soit un tyran, un prince religieux, un prince de sang, un président, peu importe, on se bat en son nom, même si on adore le même Dieu. Comme disent les Évangiles au nom de son Dieu, on se tue, on s’entretue. […]. Nul n’est tenu à être un bourreau ni un salaud même silencieux, même passif.

Les auspices, les instituts de sondage

Le pouvoir actuel a-t-il remisé au rayon des antiquités les augures, auspices et divinations de tous ordres ? Sur le bout des lèvres un gouvernant – en souveraine autorité – peut confesser sa promiscuité avec une astrologue, un voyant, son affinité élective avec un maître à penser – talentueux ou poseur – mais, officiellement, il ne resterait plus traces de ces recettes superstitieuses. Vraiment ? Les consonances sont anglicisées, les sigles répandus – CSA –, les acronymes en vogue – Sofrès, Iffop, Cisco – les attributions ordonnancées, leurs valeurs reconnues et actualisées, leur renommée internationalisée, leurs influences caméléonisées selon les rituels et les paysages actuels ; leurs pronostics écoutés, leurs avis entendus, leurs conseils suivis. Ils auraient les gages de la science, l’alibi de la statistique, une infaillibilité avérée et pourtant aléatoire. On les appelle consultants. Ils auscultent et consultent à tout va, tout comme les auspices et les augures d’antan. Voués aux gémonies, discrédités publiquement pour faillite prévisionnelle ? Nenni. Reconduits malgré les prophéties calamiteuses et encore plus écoutés aux élections suivantes. Point de roche tarpéïenne comme par le passé, mais un prestige accru, leurs cours en bourse revalorisés, tout comme leurs honoraires et leur capital social ! Ils sondent les opinions, établissent et font valoir des lectures, privilégient tel ou tel concept ou idéologie, analysent l’affaire sous un angle ou un autre, déchiffrent et décryptent des grilles, des comportements, proposent et propagent des directions, des directives.

Tous ces conseillers du prince sont les nouveaux augures et haruspices. Prévisions, prédictions, prophéties. Qu’ils soient baptisés instituts de sondage, brain trust, think tanks ou autres conseils en communication ou stratégie, ils n’ont pas d’autre rôle. Nous n’avons rien inventé et le mépris de certains envers des disciplines dites chalatanesques ne reflète que leur aveuglement pour mieux se jeter en pâture à des éminences grises, enivrées de froide raison souvent méconnaissante. Credo quia absurdum. Je crois parce que c’est absurde. Dépassant Médée dans son complexe Video meliora proboque deteriora sequor – Je vois où est le bien, je l’approuve et je fais le mal. Les haruspices de génie façonnent les gouvernances exceptionnelles.

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